Regard sur l’épidémie

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Le sida a de multiples visages.

Ceux de l’épidémie, d’abord, laquelle se stabilise depuis 2008 en affichant un peu plus de 600 nouveaux cas diagnostiqués chaque année en Suisse, plus de 6’000 en France. Une épidémie qui frappe de façon inégale, mais dont on sait qu’elle se transmet surtout faute de dépistage: 80% des transmissions seraient dues aux 20% de personnes séropositives qui s’ignorent porteuses du virus. Une épidémie qu’il est possible d’enrayer grâce aux traitements antirétroviraux. De plus en plus efficaces, ils empêchent la transmission du VIH par voie sexuelle.

Mais une épidémie qui se normalise, se banalise dit-on. Qui, contrairement aux idées reçues, touche moins les jeunes que leurs parents, les plus de 35 ans, qui se sentent peut-être à l’abri quand ils font de nouvelles rencontres. Qui ne sont pas toujours très attentifs aux campagnes de prévention. Qui ne parlent sans doute jamais de leur vie sexuelle à leur médecin. Qui entendent parler d’espoir de vaccin et se disent, à tort, que le sida est une affaire réglée.Ceux de la maladie, ensuite.Certaines personnes séropositives supportent bien leur traitement et donnent tous les signes d’une vie qui va de l’avant; d’autres sont en échec thérapeutiques et voient leur état de santé physique et psychique se détériorer. D’autres enfin connaissent des périodes d’accalmie en alternance avec des rechutes angoissantes. Ici comme ailleurs, aucune d’entre elles n’échappe pourtant à l’un des aspects redoutables de cette épidémie à nulle autre pareille: le poids du regard que pose la société sur leur séropositivité. Beaucoup en gardent le secret de peur de se voir mis à l’écart de leur entourage professionnel, communautaire et familial, de peur d’être montrés d’un doigt accusateur pour avoir attiré sur eux le virus, de peur d’inspirer la crainte, le dégoût, le rejet.Les personnes vivant avec le VIH cumulent souvent plusieurs facteurs de vulnérabilité, en plus de la précarité de leur état de santé. Leur qualité de vie s’améliore toutefois, avec des traitements mieux tolérés, une espérance de vie proche de celle de la population générale, la possibilité de travailler, de fonder une famille, toutes choses qui paraissaient presque impensables il y a de cela quinze ans à peine.

Ceux de la mobilisation, enfin.

Internationale, cette mobilisation fait de l’arc lémanique la capitale de la lutte mondiale contre le sida, abritant les sièges de l’ONUSIDA, de l’OMS, du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, d’UNITAID, de l’International AIDS Society et bien d’autres. La France est l’un des plus grands contributeurs au Fonds mondial, la Suisse vient de doubler son apport pour financer l’accès aux traitements dans les pays du Sud.

Régionale, cette mobilisation se manifeste notamment par une collaboration précieuse entre les antennes de lutte contre le sida de Genève, du canton de Vaud et de France voisine, en particulier entre le Groupe sida Genève et AIDES Rhône-Alpes, afin de mener des actions de prévention de proximité et d’offrir des prestations communes pour les résidents des deux côtés de la frontière.

En 2014, il s’agirai d’harmoniser les pratiques et les politiques de prévention: Genève a son local d’injection sécurisé depuis 2001, la France attend encore ses «salles de shoot»; la France a autorisé la vente en pharmacie de tests de dépistage à domicile dès le 1er janvier, les autorités sanitaires suisses rechignent à en faire autant. Ces mesures sauvent des vies, il est temps d’agir.

Par Deborah Glejser, porte-parole
Groupe sida Genève
www.groupesida.ch

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