Liturgie des râleurs et autres gens peu amènes

je suis MarcelJe suis Marcel !

Ça fait des années que je n’ai pas mis les pieds en France. Pas que je n’aime pas ce pays, n’allez pas tout de suite imaginer des choses! J’y suis né, en France, alors j’y vais si je veux. Dans le Val-de-Loire, je suis né. A Moisy, précisément. Je sais, «Moisy, c’est tout moisi», très drôle, ça fait plus de 90 ans qu’on me fait la blague, merci bien. Je vous préviens, je n’ai pas d’humour, n’essayez pas.

Je me suis donc levé de bonne heure, pour être parmi les premiers à me faire servir mon petit-déjeuner. Après 7 heures, c’est la ruée. Enfin, quand je dis «ruée», c’est plutôt un pénible encombrement dans les couloirs de la résidence provoqué par les béquilles qui s’enchevêtrent, les déambulateurs qui obstruent le passage, quand ce n’est pas un pensionnaire qui tombe à terre. Dans ce dernier cas, généralement, la cuisine est immédiatement avertie qu’il faudra servir un repas de moins à la collation de midi, et la direction s’empresse de communiquer à une famille dans l’attente qu’une chambre vient de se libérer.

Après avoir englouti mon porridge, je suis remonté à ma chambre pour brosser mon dentier (les flocons d’avoine, c’est tenace) et me suis assuré que mon petit congélateur d’appoint était verrouillé. Dame! Ce serait ballot que le personnel d’entretien découvre ce que j’y détiens. D’autant que la Société Protectrice des Animaux n’a jamais rien pu prouver jusqu’à présent. Je mange ce que je veux, mais certaines mentalités ont de la peine encore à apprécier mes goûts culinaires.

Je suis prêt. Ma casquette est vissée sur le crâne, ma canne est bien en main, France me voilà! Bon France voisine, pas le Val-de-Loire et ses châteaux non plus. Finalement, cette «France voisine», je la connais peu. Comme une voisine en fait. Je sais qu’elle n’est pas loin, qu’elle vit à peu près comme moi (à peu près, je dis bien!), et – de temps en temps – il m’arrive de l’espionner pour savoir ce qu’elle fait. Et comme une voisine, elle fait souvent du bruit. Pour rien. Ou pour des choses que je ne comprends pas. Elle fait ce qu’elle veut, du moment que je peux faire ce que je veux.

Le plus dur va être de trouver un moyen pour me rendre de l’autre côté de la frontière. Je suppose qu’un train ou un avion sont superflus; c’étaient pourtant les deux moyens que j’utilisais il y a fort longtemps pour me rendre au pays. Aujourd’hui il paraît que l’on accède par bus ou par tramway. Le progrès!

Le progrès, c’est vite dit. Je finis par trouver un bus devant la gare. Son chauffeur me confirme aller à Annemasse. Visiblement, le bus comme son chauffeur sont sortis d’usine dans la deuxième moitié du XXème siècle. Je sors mon porte-monnaie (celui qui contient la monnaie étrangère quand je voyage).

- Désolé, Monsieur, votre argent n’est plus valable! On n’accepte plus l’argent français depuis 2002!

Bon ben en France, j’irai demain. J’y vais quand je veux. Je mange ce que je veux. Je fais ce que je veux.

Je suis Marcel!

fb_icon_325x325Marcel Chombier

Discussion 2 Comments

  1. Michèle Roth says:

    Bien joli texte …simple, plaisant , animé , drole et réaliste .

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