Interview: Luc Barthassat, Conseiller d’État chargé du département de l’environnement, des transports et de l’agriculture (DETA)

luc_barthassat_web(2)Luc Barthassat, Conseiller d’État chargé du département de l’environnement, des transports et de l’agriculture (DETA)


Par Hilda Lindenmeyer


 

 

           1)        M. le Conseiller d’Etat, cela fait une année que vous êtes à la tête du département de l’environnement, des transports et de l’agriculture. Quelles sont vos priorités en termes de mobilité pour Genève et sa région ?

La mise sur pied des États généraux des transports était une de mes priorités, comme je l’avais dit lors de ma campagne électorale. Dès lors, sous mon impulsion, nous avons lancés une consultation en septembre afin que la population puisse donner son avis sur l’avenir de la mobilité. Ceci n’est que la première étape de mon plan d’action. En effet, dans un premier temps, je voulais connaître les attentes des Genevoises et Genevois. Cette initiative inédite a rencontré d’ailleurs un formidable succès auprès des citoyens. En un mois, plus de 12’000 questionnaires ont été remplis, la participation est plus forte que je ne m’y attendais. Cela démontre que la mobilité est un thème qui mobilise !

L’objectif de cette consultation était surtout de préciser les paramètres à prendre en compte pour l’élaboration de la nouvelle loi sur la mobilité, que je soumettrai au Conseil d’Etat d’ici la fin de l’année. Effectivement, même si la nouvelle constitution reconnaît clairement le libre-choix en matière de transport, encore faut-il le règlementer.

Toujours dans l’esprit de fédérer le plus grand nombre, j’ai demandé la publication d’un tout-ménage intitulé «  Transport en chiffres » ; ainsi pour la première fois, le grand public est sensibilisé à la réalité des transports à Genève par le biais de statistiques et de graphiques ludiques.

Puis, lors de la deuxième étape des États généraux, en 2015, j’inviterai les Genevois à se prononcer sur la réorganisation du réseau de transports publics autour du Réseau express du Grand Genève, le CEVA notamment.

Finalement, fin 2015, la troisième étape réunira les autorités et la population pour que nous imaginions ensemble des solutions pour une mobilité propice à chacun.

 

           2)        Vous avez plaidé contre l’initiative de l’UDC-MCG et en faveur ; force est de constater que la population genevoise a suivi le Conseil d’État. Pouvez-vous nous expliquer en quoi le projet de grande traversée du lac est profitable aux Genevois  ainsi qu’à l’ensemble des habitants de l’agglomération?Pages de traversee_du_lac_-_rapport_de_synthese_15-10-2014

Je salue encore une fois les Genevois d’avoir rejeté l’initiative sur la « Traversée de la rade ». Concernant le trafic au centre-ville, celui-ci sera fortement soulagé grâce au bouclement du contournement autoroutier (grande traversée du Lac). Actuellement nous sommes face à de nombreux goulets d’étranglement sur l’autoroute de contournement ; la traversée permettra le transit sur le réseau autoroutier de toute la région et résoudra ces problèmes.

Il me semble évident que les mesures d’accompagnements prévues au centre-ville permettront de diminuer la part du transport individuel au profit des transports publics et de la mobilité dans ce secteur.

Et le rapport sur la grande traversée du Lac montre explicitement que le développement urbain prévu à partir du 2030 sur la rive gauche nécessitera l’amélioration de l’accessibilité autoroutière de cette partie du Grand Genève. Chaque agglomération digne de ce nom possède un périphérique autoroutier, le canton de Genève doit avoir le sien.

J’aimerais aussi renforcer l’attractivité de notre région, il s’agit d’une des régions des plus belles et des plus prospères de l’Europe et ensemble nous pouvons et la développer en se projetant vers l’avenir.

 

           3)        Selon vous, quelle est la façon la plus judicieuse de financer la réalisation du bouclement autoroutier ?

En matière d’investissement, la stratégie développée par le Conseil d’Etat vise un préfinancement par le canton de cette infrastructure, en vue d’une mise en service à l’horizon 2030. Nous solliciterons un remboursement des ouvrages par la Confédération ultérieurement.

Genève a versé en 2012, près de 2 milliards de francs et n’a reçu que quelque 700 millions de la part de la Confédération.

-Et pour ce préfinancement, comment allons-nous procéder ?

Pour mettre en œuvre ce préfinancement cantonal, en fonction de notre capacité d’investissement, on pourra faire appel à un partenariat avec le secteur privé ou encore envisager la mise en place d’un péage sur l’infrastructure.

Je suis convaincu qu’aujourd’hui, tout est possible ! Nous pouvons envisager la réalisation du bouclement autoroutier à moyen terme. Les études ultérieures préciseront la capacité d’investissement du canton, ainsi que les conditions exactes et la forme de son financement.

           4)        Pont ou tunnel, lequel a votre préférence ?

À ce stade du projet, la nature de l’ouvrage à réaliser n’a pas été fixée. Il est donc prématuré de s’interroger sur la forme que devra prendre la « Traversée du Lac ».

Toutefois, pour répondre à votre question et à titre personnel, après ma récente visite à Istanbul, j’ai une légère préférence pour le pont. La réalisation du troisième pont du Bosphore a été confiée aux Genevois, le saviez-vous ? Il s’agit d’un pont suspendu avec haubans, avec un viaduc mixte autoroutier et ferroviaire … En Suisse, en ce qui concerne le travail de l’ingénierie, nous avons tout le savoir-faire, il ne nous reste plus qu’à fédérer autour de ce projet et trouver le financement.

 

        Luc-Barthassat-web   5)        Vous avez mené récemment un sondage sur la mobilité ; quelles sont les attentes des Genevois ?

Nous avons soumis 44 questions à la population afin d’en savoir plus sur les caractéristiques des déplacements pour chaque type de transport, sur leur fréquence et sur les modes de déplacements. J’ai le plaisir de vous annoncer que les personnes qui ont répondu au questionnaire nous ont fait part de plus de 8’000 propositions concrètes.

Le premier enseignement qu’apportent les réponses, est que nous pouvons envisager l’organisation du territoire en trois zones distinctes: hyper-centre, centre et périphérie.

Le questionnaire révèle par ailleurs des différences marquées, entre les personnes qui résident en périphérie et dépendent majoritairement de leur voiture pour se déplacer et celles qui vivent dans les zones denses bien desservies par les transports publics. Cependant, au-delà des différences, il s’en dégage aussi un consensus. Vous l’avez peut-être deviné, il s’agit de la combinaison “modes doux – transports publics” dans l’hyper-centre.

 

           6)        Pour certains, la traversée du lac devrait être accompagnée d’autres mesures telles qu’une « piétonnisation » du centre ou encore les Péages urbains  afin de fluidifier le trafic, et pourquoi pas, générer des ressources financières. Êtes-vous favorable à ce type de mesures ?

Dans mon esprit la « Traversée du Lac » devrait être accompagnée par des mesures telles que la création et le renforcement au centre-ville des espaces publics, une piétonnisation, des pistes cyclables et bien d’autres mesures. D’ailleurs, je veux poursuivre tout au long de cette législature, le dialogue avec nos concitoyens pour trouver ensemble les solutions qui nous permettront à tous de mieux nous déplacer à Genève et dans notre région.

 

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