Interview : le Conte de Fée de Doris Sergy

photo: Gregory Batardon
Voix envoûtante, visage de poupée, détermination d’acier : la soprano suisse Doris Sergy ne laisse pas indifférent. Le temps d’une conversation, elle se dévoile…

 
La musique classique, pour moi, c’est la liberté. Etant une rebelle dans l’âme, le rapport que j’entretiens avec cette musique est tout sauf étriqué et poussiéreux, tout sauf conservateur.

 
J’ai grandi à la campagne et ne viens pas d’une famille de musiciens ou de mélomanes. Enfant, c’est à travers l’école que j’ai découvert la musique classique et suis tombée sous le charme de cet art. J’ai dû longuement insister auprès de mes parents pour étudier le piano. Mais je suis très têtue…


A 15 ans, j’ai intégré le choeur de mon collège. Ce fut une révélation. J’avais toujours chanté pour moi mais je ne connaissais pas le chant lyrique. De la même manière que je suis tombée amoureuse de la musique classique en entendant une cassette d’Eine kleine Nachtmusik de Mozart, j’ai su que je voulais devenir chanteuse lyrique en étant choriste dans le Messie de Haendel!

Ma sensibilité, c’est ma plus grande force et mon pire ennemi.

 
Après le collège, je suis partie vivre à Melbourne. J’étais pleine de rêves et n’avais pas peur de prendre des risques. Par un incroyable concours de circonstances, j’ai rencontré un professeur de chant lyrique qui m’a présentée au doyen du Victorian College of the Arts, une haute école très renommée en Australie.

 
De retour en Suisse, j’ai fait des études de philosophie, de linguistique et d’histoire de l’art à Fribourg, dans la section bilingue. J’ai toujours été fascinée par le langage – après celui de la musique, je voulais explorer le langage des images, des mots…La philosophie, c’est la discipline qui se situait au croisement de mes interrogations et m’a permis d’aborder le monde réel avec davantage de recul.

 
Mais je ne chantais plus, et quand on a une vocation – même si on a besoin d’assouvir sa soif de comprendre – on est obligé de la suivre pour être heureux.

 
Alors, je suis revenue à la musique.

 
Ce que j’aime le plus, c’est l’exploration des territoires inconnus, la pluridisciplinarité, les rencontres.

 
Je me suis produite, au sein du Cercle Menus Plaisirs, dans un cycle de regards croisés entre l’art et l’opéra. Associée à la pianiste brésilienne Telma Habermann, j’ai fait la promotion de la musique classique brésilienne. Dans le cadre de récitals et d’événements culturels, j’ai collaboré avec des conteurs, des comédiens ainsi qu’avec les écrivains suisses Laure Mi Hyun Croset et André Ourednik. J’ai même enregistré des vocalises sur le dernier CD du groupe de rock genevois Garadh !

 
Lors de la dernière édition du festival genevois Fureur de Lire, j’ai créé, avec l’auteure Mélanie Chappuis et le pianiste Alain Porchet, Mourir et Vivre d’Amour, une traversée opératico-littéraire des états amoureux. À Yverdon, j’ai chanté récemment dans Voyages extraordinaires, un spectacle réunissant la chanson française, le chant lyrique, le théâtre autour d’un piano-vélo steampunk pour conter les aventures d’une princesse volcanique, d’un voyou romantique et d’un inventeur illuminé. Une tournée avec ces deux spectacles est prévue dès la fin de l’été en Suisse et en France.

 
A chaque fois que je chante, j’ai l’impression de vivre une métamorphose, une transformation ; donner sens à tout ce qui nous arrive pour continuer à aller de l’avant, telle est ma philosophie.

 
Le conte de fée n’est pas près de s’achever car les nouveaux projets affluent…

 

raconté à Elodie Olson-Coons

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