Concilier vie professionnelle et vie privée, pour faire progresser l’égalité réelle au travail entre hommes et femmes ?

Pascale-Pitavy-webVaste sujet que celui de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. De plus en plus d’hommes et de femmes cherchent à réaliser leurs aspirations à la fois au travail et dans leur vie privée. Pascale Pitavy, auteure de « Focus, une enquête sur la parentalité masculine en entreprise » répond à nos questions.

Q : Pourriez-vous vous présenter et nous parler en quelques mots d’ « Équilibre » ?

R : J’ai démarré ma carrière dans le monde universitaire. Après avoir validé ma thèse de doctorat en sciences économiques, j’ai enseigné pendant 8 années à l’Université Panthéon-Sorbonne. En 2007, poussée par l’envie d’expérimenter sur le terrain la vie en entreprise, j’ai rejoint « EQUILIBRES» dès sa création, la première agence-conseil RH et communication dédiée aux enjeux d’égalité professionnelle, d’équilibre de vie et de parentalité. Aujourd’hui, j’occupe le poste de directrice associée au sein de l’agence où je suis plus particulièrement en charge du pôle d’expertise « conciliation des temps de vie et parentalité ». « EQUILIBRES» est une entreprise qui accompagne des PME et PMI dans la mise en œuvre d’une culture d’égalité, c’est-à-dire que nous les accompagnons dans les missions de conseil, dans leur communication RH et nous mettons en place des formations destinées aux managers des comités de direction et des salariés. Et finalement, nous travaillons sur les stéréotypes femmes-hommes. C’est en comprenant et en décelant les mécanismes des stéréotypes à travers des cas concrets qu’on arrive à les déconstruire. On va toucher aux freins visibles des inégalités c’est pourquoi il s’agit pour nous d’un axe très puissant de réflexion au sein de l’entreprise.

Q: En quoi l’équilibre de la vie professionnelle et de la vie personnelle doit-il être au cœur des préoccupations d’une entreprise ?

R : Pour les entreprises, c’est important parce qu’il s’agit d’un enjeu d’égalité professionnelle et de conciliation. Trois facteurs permettent de comprendre en quoi la conciliation est bien au cœur de la problématique d’égalité entre les femmes et les hommes :

D’abord, le temps partiel des femmes – 80% en France et 45% en Suisse -, souvent subi par elles pour des raisons logistiques : place de crèches, garde d’enfant….

Ensuite, la répartition des tâches domestiques au sein des couples : en France, sur 10 ans les femmes s’en occupent 22 min de moins grâce aux progrès de la technologie, alors que les hommes accomplissent seulement 1 min de plus de tâches ménagère à noter que 70% des tâches sont tenues par les femmes.

Et finalement, l’impact de la maternité, on le constate, est très faible sur la carrière d’un homme, mais en revanche très influent sur la carrière féminine.

Prendre en compte ces rôles sociaux -encore très traditionnels- permet à l’entreprise de faire évoluer l’écosystème tel qu’il existe aujourd’hui, pour que les femmes puissent mieux s’investir dans la sphère professionnelle et les hommes dans la sphère privée.

La conciliation entre vie familiale et professionnelle et les facteurs de performances économiques tels que la réduction de l’absentéisme, présentéisme ou la fidélisation des talents sont liés. En effet, toutes les études nous ont montré que les entreprises à fort taux de « turn-over » s’enlisaient dans des processus de recrutement et de formation, ce qui engendre des coûts importants. « Attirer les bons », voire les meilleurs, tel est le défi des entreprises depuis quelques années ; à cet égard, nous avons remarqué que les jeunes diplômés sont de plus en plus sensibles aux conditions de travail. Attirer les collaborateurs, certes, mais encore savoir les garder, voilà le véritable défi.

Q3 : Quel devrait être le rôle des politiques dans ce processus ?

R : Cela dépend du modèle historique du pays en question. Selon l’économiste Gosta Esping-Andersen, il existe 3 modèles : Le modèle conservateur, comme c’est la France, où L’État intervient dans la vie des entreprises. Le modèle libéral à l’anglo-saxonne, très proche du modèle suisse, et enfin le modèle social-démocrate adopté par les pays scandinaves.

En France, l’État a toujours joué un rôle moteur sur les politiques familiales. Il en résulte que la France a un taux de fécondité très élevé ainsi qu’une forte présence des femmes dans le monde du travail, tandis que les pays libéraux ont toujours laissé le champ libre aux entreprises. Et ces dernières ont tendance à chercher naturellement la tendance « Family-friendly».

En France depuis 2000, à cause de la conjoncture, l’État a mis sur pied des mesures incitatives telles que le crédit-impôt famille. Très récemment, la loi promulguée le 4 août 2014, « pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes » prévoit, entre autres, un renforcement des dispositions permettant d’assurer cette égalité dans la vie professionnelle.

Q4 : Comment les entreprises peuvent-elles concrètement soutenir la conciliation des vies familiale et professionnelle ?

 R : Les PME peuvent s’engager sur cette voie bien qu’elles ne disposent pas des mêmes moyens que les multinationales.

Je citerais trois catégories de mesures concrètes. L’incitation financière en est une première, efficace et aisée à mettre sur pied lorsque les entreprises en ont les moyens. La deuxième mesure concerne l’organisation du temps du travail, soit une« organisation spatio-temporelle ». La troisième mesure serait de faire évoluer la culture managériale et celle d’entreprise.

Mapping_mesures-conciliationLe mapping que je vous invite à consulter regroupe différentes mesures, des plus innovantes et peu coûteuses à celles les plus complexes qui ne peuvent pas nécessairement fonctionner en PME. À noter que les mesures les plus sollicitées par les salariés sont celles liées à l’organisation du travail. C’est aussi vrai pour ceux qui ont les horaires standards que pour ceux qui en ont un plus atypique. Un exemple de dispositif mis en place en PME est le fait de travailler en binôme. Selon ce dispositif, chaque poste est doublonné. Ainsi, les deux collaborateurs doivent s’entendre sur les différents dossiers. Ainsi, face à un imprévu, le binôme pourra se charger des tâches. Ce qui laissera beaucoup de souplesse dans l’organisation. C’est l’entente entre les deux protagonistes qui garantit une satisfaction pour le client, mais aussi une satisfaction pour le salarié qui va pouvoir trouver des aménagements.

 

Q5 : Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui désirent mener une carrière ?

R : Je leur dirais d’accepter de ne pas pouvoir tout assumer, de se positionner dès le départ dans une posture de répartition des tâches avec leur compagnon. Je suis moi-même mère de trois enfants et c’est ce que je m’efforce de faire. Car les femmes ont souvent tendance à vouloir tout assumer. Étant donné qu’on leur inculque cela dès la petite enfance, elles finissent par intérioriser ces stéréotypes de sexe qui exigent d’elles d’être de bonnes mères, des femmes séduisantes, etc… C’est pourquoi il faut apprendre à sortir des carcans des stéréotypes pour et ne plus culpabiliser. Sylviane Giampino, psychanalyste et psychologue, spécialiste de la petite enfance, a écrit de nombreux articles et démontre que les enfants dont les mères travaillent ne sont pas plus malheureux que les autres.

Je dirais aussi à ces femmes d’oser en entreprise, c’est-à-dire de demander une augmentation, postuler à un poste à responsabilité, prendre la parole. Oui, osez !

propos recueillis par Hilda Lindenmeyer

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