De la collaboration transfrontalière au coworking

Pierre Maudet, Conseiller d'Etat chargé du département de la sécurité et de l'économie (DSE) Crédit photo Cellence

Pierre Maudet, Conseiller d’Etat chargé du département de la sécurité et de l’économie (DSE)
Crédit photo Cellence

Pour illustrer la coopération économique transfrontalière, j’aime à rappeler qu’en 1748 déjà, le Français Montesquieu publiait à Genève un célèbre traité de théorie politique intitulé De l’esprit des lois. Cet ouvrage affirmait notamment que “partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce, et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces”[1]. Dès lors que ce traité avait été publié dans une cité qui se trouvait alors à la frontière de la Suisse et de la France, respectivement par un Français qui vivait à Genève, cette maxime représente à mes yeux le viatique de la coopération transfrontalière et le secret de sa prospérité.

Le site internet du Grand Genève décrit bien cette situation en exposant que le développement économique de la région transcende aujourd’hui largement les frontières, aussi bien cantonales qu’internationales. Chaque jour, sur le territoire de l’agglomération transfrontalière, les acteurs économiques nouent des liens, montent des projets, se positionnent sur des marchés, concluent des contrats. Signe de cette évolution, la bilocalisation (qui permet à une entreprise d’avoir son siège social en Suisse et une filiale ou une succursale en France, où l’inverse) prend une ampleur chaque année plus importante[2].

Cette approche s’apparente à une forme de coworking binational, soit un espace de travail partagé entre nos deux pays, mais aussi un réseau de travailleurs encourageant l’échange et l’ouverture. Car si l’agglomération se développe avant tout grâce à la collaboration et aux échanges transfrontaliers, elle se construit également à travers de nouvelles formes d’organisation du travail comme les lieux de travail partagés.

Avec pour objectif de créer le premier réseau maillé de lieux de travail partagés au monde, notre territoire confirmerait son audace et son sens de l’innovation, s’inscrivant pleinement dans la vision de « smart city » qui est la sienne[3]. De plus, cette vision devrait permettre la mise en commun des ressources tout en diminuant les déplacements entre lieu de travail et lieu de domicile. 38% des entreprises sont intéressées par les lieux de travail partagés; ce potentiel est énorme et ne doit pas être ignoré.

Enfin, il ne me serait pas possible de parler du développement économique de l’agglomération sans évoquer la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) qui constitue un enjeu économique majeur pour l’attractivité du Grand Genève. Car si Genève réussit cette réforme, c’est l’ensemble de l’agglomération qui en profitera à travers le maintien des nombreuses multinationales qui font la prospérité de notre cité et de notre région. Au final, ce sont même de nouvelles entreprises que nous pourrons attirer ou créer, et dont l’accueil ne pourra qu’être facilité via les nouvelles conditions cadres ainsi offertes.

 

Par Pierre Maudet
Conseiller d’État en charge du Département de la sécurité et de l’économie (DSE)

Note
[1]          Montesquieu, De l’esprit des lois, livre XX, chapitre 1.
[2]           http://www.grand-geneve.org/enjeux-strategie/economie
[3]           http://www.grand-geneve.org/actualites/grand-geneve-vers-le-premier-reseau-mondial-de-lieux-de-travail-partages-0

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